29 décembre 2023
COP 28 – Un tournant historique ?

Depuis la COP3 et la mise en œuvre du Protocole de Kyoto, la longue série de ces réunions annuelles a été plus ou moins fructueuse : la COP 15 à Copenhague a vu la Chine faire obstruction à des objectifs climatiques ambitieux en 2009, tandis que la COP 21 a conduit en 2015 à L’accord de Paris, le premier accord universel sur le climat, visant à limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale à +2°C par rapport à l’ère préindustrielle, et si possible à +1,5°C. Depuis, les COP successives ont cherché à déterminer comment atteindre ces objectifs.
La 28e édition, qui s’est déroulée à Dubaï, aux Émirats arabes unis, a été la première à présenter un bilan global , en plus d’aborder les sujets liés à l’atténuation, à l’adaptation et au financement climatique.
Des progrès limités à date
Le bilan souligne la gravité de la situation. Le rythme du réchauffement dû à l’influence humaine s’est intensifié au cours de la dernière décennie – 2023 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée – alors que les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent d’augmenter. Le bilan souligne la nécessité d’un pic des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici 2025 et leur réduction de 43 % d’ici 2030 et de 60 % d’ici 2035, par rapport aux niveaux de 2019 afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Il relève par ailleurs que certains pays sont loin d’une trajectoire leur permettant d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Les pays participants ont convenu de soumettre leurs plans climatiques actualisés pour 2035 d’ici la COP30 et de faire en sorte que ceux-ci soient indexés sur la limite de 1,5 °C sur la base des meilleures données scientifiques disponibles et des résultats du bilan mondial de 2023.
Un accord inespéré
Plus remarquable encore, deux cents pays se sont finalement mis d’accord sur une transition vers l’abandon des energiesfossiles. Il s’agit d’une étape importante dans l’évolution de l’agenda climatique, car la réduction de l’utilisation des énergies fossiles est un enjeu essentiel pour limiter la hausse des températures. Comme l’a souligné le Secrétaire exécutif de l’ONU Changements climatiques, Simon Stiell, dans son discours de clôture, l’accord de la COP 28 marque “le début de la fin” de l’ère des combustibles fossiles.
Mais si le caractère inédit de l’évocation explicite des énergies fossiles est sans aucun doute un acquis considérable, l’accord de la COP 28 doit encore se concrétiser par des plans de mise en œuvre concrets, et un financement à la hauteur des ambitions.
À ce jour, l’écart entre l’objectif affiché de maintenir l’objectif de 1,5 °C et la faiblesse des engagements concrets mis sur la table reste important. Les engagements pris par les différents pays avant la COP permettraient d’ici 2030 une réduction modeste des émissions mondiales de gaz à effet de serre, de l’ordre de 2 à 5 %, conduisant à un réchauffement climatique estimé entre 2,1°C et 2,8°C d’ici la fin du siècle.
La mise en œuvre des engagements supplémentaires de la COP28 visant à tripler les énergies renouvelables et à doubler le rythme des améliorations de l’efficacité énergétique pourrait encore réduire les émissions mondiales de 10 % d’ici 2030, ce qui permettrait de limiter le réchauffement à moins de 2 °C, mais encore loin de 1,5 °C.

Cependant, l’accord n’étant pas contraignant, l’ensemble du processus repose uniquement sur le bon vouloir des États. Ils doivent maintenant soumettre des engagements (contributions déterminées au niveau national) conformément aux objectifs fixés, et les mettre en œuvre au niveau national.
Par ailleurs, de nombreuses lacunes restent à combler : le texte ne définit pas précisément les termes « bas carbone » et « réduction », promeut les énergies « transitoires » (fossiles) sans référence à leur effet net sur les émissions, et met sur le même plan le captage et le stockage du carbone d’une part et l’élimination du CO2 atmosphérique d’autre part, sans considérer leurs limites, leurs coûts et leurs risques.
Il est donc encore trop tôt pour dire si la COP 28 représente un tournant, d’autant que l’épineuse question du financement des politiques d’atténuation et d’adaptation ne sera posée avec acuité que lors de la prochaine COP, qui se tiendra en 2024 à Bakou, en Azerbaïdjan.
Le shortfall de la finance climatique
À ce stade, l’adoption du Fonds d’indemnisation des pertes et dommages, qui restait une question clé à résoudre à l’issue de la dernière COP, peut être considérée comme un pas significatif vers la justice climatique pour les pays les plus pauvres qui sont les moins responsables des émissions, mais qui subissent de plein fouet leurs conséquences.
Le montant annoncé reste cependant assez faible au vu des enjeux (moins d’un milliard de dollars) là où les pays du Sud demandaient 100 milliards par an, à l’égal du fond vert pour le climat destiné à financer l’adaptation des pays les plus pauvres, bine qu’il soit lui-même loin d’avoir atteint ses objectifs.
L’agriculture et les systèmes alimentaires sous les projecteurs
Mais ce n’est pas le seul point notable de cette conférence. Conformément au dernier rapport du GIEC, l’agriculture et les systèmes alimentaires ont été déclarés secteurs clés pour l’atténuation et l’adaptation au changement climatique.
Ces secteurs ont fait l’objet d’une déclaration dans laquelle 158 pays se sont engagés à inclure l’agriculture et l’alimentation dans leur plans climatiques d’ici 2025. Une vision globale et partagée d’une transition des systèmes alimentaires a ainsi émergé. EIle bénéficiera de l’appui financier de l’IFAD, la Banque mondiale et la FAO pour mettre en œuvre des actions concrètes : 120 au total, qui concerneront notamment le gaspillage alimentaire, l’élevage, la séquestration du carbone et la restauration des écosystèmes. EIle devra être déployée au niveau régional lors de la COP29, puis à travers une mise en œuvre nationale à partir de la COP30.
Cette déclaration est importante et louable, mais il n’y a pas de consensus sur la voie à suivre. Certains préconisent de s’appuyer sur des approches technologiques et d’éviter de modifier les systèmes de production existants, tandis que d’autres estiment que les innovations techniques sont nécessaires mais pas suffisantes.
Compte tenu de la difficulté à concilier les défis du changement global et de la sécurité alimentaire à l’heure où 9,2 % de la population mondiale est sous-alimentée [FAO] et où les systèmes agricoles sont de plus en plus touchés par les effets du changement global, des approches plus holistiques doivent être encouragées afin d’assurer la durabilité des systèmes alimentaires.
S’il est encore trop tôt pour déterminer si la COP 28 est un réel tournant, il est en revanche certain que la prochaine décennie qui sera décisive.
